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Principe de réalité

réalité, plaisir immédiat, bonheur futur et raison

vendredi 19 septembre 2014

Dans quelle mesure sommes nous capables de renoncer à une jouissance immédiate pour un plus grand bonheur futur ? Cela peut il nous aider à mieux vivre ?

Un emprunt à Freud

J’emprunte l’idée de principe de réalité à Freud, mais je dénature certainement le concept original en quelque chose de plus pragmatique pour l’utiliser dans ma vie quotidienne. Autant dire que j’en évacue tous les aspects pulsionnels. J’appelle principe de réalité la capacité de renoncer au plaisir immédiat pour d’autres avantages à obtenir plus tardivement :

  • par exemple, travailler pour gagner de l’argent supplémentaire à la fin du mois au lieu de se détendre ;
  • bricoler dans la maison au lieu de se reposer ;
  • économiser pour un jour ne plus être locataire.

  • étudier pour avoir de meilleures qualifications
  • accepter des responsabilités supplémentaires...

Au coeur de ce principe de réalité, il y a la capacité de voir au delà de l’immédiat, d’être capable d’imaginer ou de rationaliser le bénéfice que nous tirerons d’un effort maintenant pour un progrès plus tard.

C’est une capacité qui nous manque quand nous sommes enfants, et que nous acquérons en devant adultes. Pour certains, elle peut s’hypertrophier au point que le sens du devoir bannisse toute forme de plaisir. Pire que cela, le plaisir est toujours refusé en vertu d’un objectif hors de portée... tel que le bonheur dans la vie éternelle. Pour d’autres, le principe de réalité a du mal à s’ancrer, et toute tâche est reportée pour profiter de l’instant. On peut appeler cela de l’hédonisme, de la paresse, de la procrastination, de la post-adolescence ou de l’épicurisme (au sens commun du terme), et notre génération est particulièrement affectée par ce phénomène.



Le principe de réalité, lorsqu’il est bien géré, nous aide aussi à affronter les difficultés : nous sommes capables de nous projeter dans le futur et de nous faire une raison sur les ennuis présents. Il est à la fois capacité de relativiser le présent et de le dépasser, pour ne pas désespérer, pour rebondir, pour trouver les ressources pour voir plus loin et faire les efforts correspondant à la sortie de crise. Le principe de réalité devient alors une vertu, le courage .

S’il est absent, on s’approche dangereusement des symptômes de la dépression : le moindre obstacle devient insurmontable, la contrariété gâche la journée, le moindre désaccord met en péril le couple.

 Le principe de réalité nous aide aussi dans nos relations avec les autres : aux temps difficiles, par le rappel des moments heureux, il nous aide à surmonter les réticences qu’engendrent les frictions et les conflits, et les déceptions qu’engendre fatalement une relation au quotidien. De même, il peut aider à prendre des décisions difficiles au profit d’un plus grand bien, par exemple arriver à dire ce qui ne va pas, plutôt que de laisser passer la tempête en courbant l’échine.

  Le principe de réalité nous aide-t-il à trouver le bonheur  ? Oui. Certes, en consacrant des efforts à des tâches ingrates en vue d’un plus grand bien, je me prive d’une jouissance instantanée. Mais je ne dois pas perdre de vue mon objectif : une fois qu’il est atteint, je vais pouvoir en jouir. Nous touchons là un point essentiel : mon objectif doit être atteignable . Ou je dois le percevoir comme atteignable. Soit il est constitué de petites étapes que je pourrai franchir avec un bonheur non dissimulé, soit les conditions mêmes de son existence sont à ma portée. Prenons un exemple extrême et même tout à fait passé de mode : la vie éternelle. Consacrer sa vie à bien agir pour une récompense après la mort peut sembler le comble de l’objectif inatteignable qui conduit à sacrifier sa vie. C’est une question de perception. Est-ce que je perçois cette éternité comme hors de portée, auquel cas je suis condamné à finir aigri ? Ou est ce au contraire, que je perçois cette éternité, comme une expérience à vivre au quotidien : le sentiment d’être juste, le bonheur d’expérimenter quelque chose qui me dépasse, qui transcende mes faiblesses...  

Revenons à des objectifs plus prosaïques :

  • entretenir mon corps pour vieillir mieux,
  • refuser les substances accoutumantes pour garder ma liberté,
  • me garder à distance des mauvaises fréquentations pour garder mon intégrité,
  • être patient avec ceux que j’aime pour construire la confiance,
  • être franc avec ceux que j’aime pour ne pas entretenir le non dit…

 Mais est-ce que réalité rime forcément avec banalité ? Dans un prochain texte, nous aborderons la question du bonheur sous un autre angle : enchantement et désenchantement : comment échapper aux sirènes et aux illusions, tout en gardant la capacité de s’émerveiller…

Que nenni !

Pour aller plus loin :

P.-S.

Cet article fait partie d’une série sur mon blog destinée à former une réflexion quotidienne qui constituera un dictionnaire pragmatique et inconstant pour mieux vivre en tirant profit de l’expérience. Vous souhaitez les retrouver retravaillés sous forme de livre, il vient de paraître, rendez vous sur le site de l’éditeur.


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