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Pardonner

la vertu thérapeutique du pardon

samedi 5 décembre 2015

Pourquoi pardonner à ceux qui nous ont fait du tort ? Par faiblesse ? Par bienveillance ? Pour faire bonne figure ? Chacun a ses raisons, mais la meilleure raison, c’est de guérir car les rancoeurs nous rongent plus surement qu’un cancer et nous font souvent plus de dégâts que le tort initial que nous n’arrivons pas à pardonner...

Chacun a fait l’expérience dans sa vie d’un tort commis par quelqu’un qu’on aimait ou à qui on faisait confiance, un proche, un collègue. Depuis que j’ai subi ce tort, j’en veux énormément à la personne qui l’a causé, ça me hante, au point parfois de souhaiter me venger, au point de ressentir de la colère à chaque fois que son nom est évoqué. Cela fait peut être longtemps d’ailleurs que le mal lui même est réparé, mais la douleur reste vive.

Exemples :

  • Béatrice en veut énormément à son père d’avoir quitté sa mère quand elle était enfant. Adulte, elle est intransigeante avec les hommes et ne trouve pas l’amour de sa vie.
  • Max s’est senti trahi par un de ses proches collègues qui a pris un poste qu’il convoitait. Il ne sait pas si André a intrigué pour prendre ce poste, mais il lui en veut énormément et lui fait payer chaque jour.
  • Luce ne s’est jamais remise de sa rupture avec Kevin. Même si elle a retrouvé l’amour avec quelqu’un d’autre, ce n’est plus comme avant, car elle n’arrive plus à faire confiance.

La vertu thérapeutique du pardon

Tant que j’en veux à quelqu’un, tant que je ne lui ai pas pardonné, cette faute que je lui reproche est là comme un cancer qui empoisonne mes pensées, corrompt mes relations en me faisant réagir à outrance, et m’empêche de regagner la tranquillité d’esprit nécessaire à mon bien être. C’est une véritable gangrène qui empoisonne ma vie, perturbe mes choix et mes relations, et m’empêche d’aller au delà du tort que j’ai subi. Bref je souffre d’une double peine, la première pour le mal que j’ai subi, la seconde pour le mal que je ressens.

Si je lave l’offense et que j’ouvre tout grands les chemins du pardon, ma conscience se soulage, ma paix grandit en même temps que se guérit cette souffrance en moi qui n’évoluait pas. C’est d’ailleurs souvent le seul chemin pour se remettre du tort que l’on a subi. Nous faisons ainsi l’expérience que tant que nous ne pardonnons pas, nous ne guérissons pas non plus du mal qui nous est fait, et le temps n’y fait rien, sinon embrumer un peu nos souvenirs.

Il n’est pas possible de continuer à vivre comme cela, il faut faire quelque chose.

Qu’est ce que pardonner ?

Pardonner c’est laisser l’amour devenir plus fort que la haine. Cet amour peut s’exprimer sous forme de compassion pour l’autre en reconnaissant qu’il vaut mieux que le mal qu’il a fait, qu’il vaut mieux que ce que ses actes ont fait de lui, qu’il mérite la pitié plutôt que le dégout. Ce peut être tout simplement accepter ses choix de vies si ce sont ceux ci qui nous ont blessé. Pardonner dépend évidemment de ce qu’est l’autre, et de ce qu’est le tort subi mais c’est généralement passer d’une forme de rejet à une forme d’acceptation. Cela peut aussi nécessiter le deuil de quelque chose qu’on voudrait désespérément reprendre.

En fait pardonner, c’est commencer à comprendre que la réalité dépasse nos attentes et souvent les déçoit, commencer à comprendre que le monde ne nous appartient pas, bref que le mal existe, que nous pouvons être amenés à le subir, mais que nous sommes capable de nous relever.

Mais comment pardonner ?

Ce n’est pas une question facile car si l’on parle de pardon ici, ce n’est pas pour des peccadilles vite oubliées mais pour des offenses sévères ou profondes : trahisons, chantages, manipulations, amours déçues, graves mensonges, usurpation, déni.

Pardonner est un processus long et complexe, comme un processus de deuil. Il faut déjà arriver à reconnaitre l’objet du pardon et la nécessité d’en guérir, c’est en fait l’étape la plus dure, l’étape que bien peu franchissent. La prochaine étape consiste à reconnaître son impuissance à pardonner, il ne suffit pas de vouloir pour pouvoir. Et c’est là que l’on reconnait qu’un grand orgueil s’est glissé en nous à l’occasion de cette offense que nous avons subi, comme si l’orgueil était une défense mais l’orgueil lui même est devenu un obstacle, il nous susurre que pardonner, c’est s’être fait humilier, définitivement et que seule la vengeance nous rendra notre fierté.

Finalement, entrer dans cette démarche, c’est commencer à accepter la réalité. Le mal est effroyablement banal, et même s’il reste inacceptable, il faut aller de l’avant, continuer à vivre, franchir les obstacles.

Avouer notre impuissance

Une fois avouée notre impuissance à pardonner, une fois reconnu que notre capacité d’aimer n’est tout simplement pas assez grande, nous avons enfin trouvé l’humilité qui permet de sortir des blessures de l’orgueil et de la quête de revanche. Il va donc falloir laisser le pardon se faire en nous. Car le pardon est un processus de guérison naturel qui peut se faire dès que le terrain est débroussaillé.

La méthode qui m’a été donnée, au moment de ma vie ou j’avais le plus besoin de pardonner, est de faire le geste symbolique et quotidien, de déposer quelque part ma demande de pardon :

  • dans une église,
  • devant une photo,
  • dans un carnet,
  • dans un moment de méditation,
  • auprès d’un psychothérapeute,
  • bref à l’occasion d’une cérémonie quelconque, mais régulière.

Avouer son impuissance, faire un geste symbolique pour incarner ce désir de pardon, ouvre un chemin de guérison qui va se faire petit à petit. Cela peut prendre plusieurs mois bien sur. Faire trop vite est le meilleur moyen d’échouer.

Guérir

Guérir et pardonner ne signifie pas se remettre pieds et poings liés à celui qui nous a déjà offensé pour subir à nouveau le même tort. Pardonner n’interdit pas de rester prudent vis à vis de la personne concernée, de s’en méfier, de mettre des garde-fous, mais cela autorise à réouvrir une relation, ce qui est probablement la dernière étape du pardon. Si la personne est prête à s’ouvrir à la démarche, lui parler, lui dire son pardon pourra être une étape importante. Cette dernière étape n’est bien sur réalisable que si l’autre a manifesté une forme de regret.

Et vivre...

Le pardon n’est jamais totalement acquis car les événements de la vie vont se charger de raviver la douleur. Avoir pardonné, c’est un peu comme être un ancien alcoolique, la bouteille, entendez la tendance à en vouloir à nouveau à l’offenseur reste bien tentante et il faudra peut être trouver des occasions de renouveler symboliquement la démarche de pardon. Mais on est incroyablement plus léger pour reprendre la route, et incroyablement plus fort, plus humble, et plus capable d’aimer et d’être aimé. Bref plus humain.

« Je ne te demande pas de pardonner 7 fois, mais jusqu’à 70 fois 7 fois », attribué à Jésus, Evangile de Matthieu, chap 18

pour aller plus loin :

P.-S.

Cet article fait partie d’une série sur mon blog destinée à former une réflexion quotidienne qui constituera un dictionnaire pragmatique et inconstant pour mieux vivre en tirant profit de l’expérience. Vous souhaitez les retrouver retravaillés sous forme de livre, il vient de paraître, rendez vous sur le site de l’éditeur.. La question du pardon y est particulièrement retravaillée.


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