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Peur

Peur et politique

lundi 7 décembre 2015

Sommes nous gouvernés par la peur ? A considérer les résultats des élections, j’aurais tendance à penser que le top10 de la peur de nos concitoyens consiste à :

  • avoir peur des étrangers
  • avoir un sentiment d’insécurité
  • avoir peur de l’Islam
  • avoir peur que tout se dégrade ; avoir peur de la crise
  • avoir peur des décisions absurdes et dévastatrices que le camp opposé peut prendre (gauche/droite)

Peur et politique font bon ménage pour des résultats électoraux rapides. Les conséquences sociétales sont catastrophiques.

Oui, mais tout ne va pas bien ?

Il reste somme toute légitime de penser que tout ne va pas bien et qu’on pourrait faire beaucoup mieux. Faut-il pour autant vivre dans la peur ? Faut il pour autant se laisser gouverner par la peur au point de voter pour ceux là mêmes qui s’ingénient à nous mettre la trouille au ventre ? Ouvrons les yeux !! Qui entretient nos peurs ? Qui utilise son temps médiatique, les moyens à sa disposition pour nous faire croire que nous sommes en danger, alors que nous sommes un des pays les plus sûrs au monde ? Qui consacre l’essentiel de son énergie politique à monter les uns contre les autres ? A faire en sorte qu’on ne puisse plus vivre ensemble ?

La réponse se trouve dans un minimum d’humanisme.

Croire que l’homme est capable aussi du meilleur, croire que l’homme est capable de solidarité. Il suffit tout de même de regarder autour de nous. L’organisation même de la société montre que des structures de solidarité sont en place (assurance maladie, assedics, assurances en tous genre, caisses de retraite, congés payés, allocations familiales, aides) et qu’elles fonctionnent même si des individus dévoyés en détournent, c’est vrai, une partie à leur propre profit. La société française n’est pas minée par l’excès d’individualisme ou de corruption qui fait d’autres sociétés un enfer, même si le consumérisme a gravement entamé notre croyance en la solidarité.

Ne pas nier les peur mais les conceptualiser

Quant aux peurs qui prennent une place si importante dans notre vie, un peu de mise en perspective permettrait sans doute de les relativiser :

  • la peur des étrangers a existé de tous temps, et les étrangers dont nous avions peur il y a 100 ans (émigrés italiens, polonais...) sont les plus parfaitement intégrés dans notre société aujourd’hui.

Quand à la crise que nous traversons, elle est certes terrible, mais sans commune mesure avec les épreuves traversées par les générations précédentes telles que guerres mondiales, génocides, guerres civiles, épidémies. Et si la crise nous frappe moins fort, c’est aussi parce que les générations précédentes, aguerries par toutes ces épreuves ont fait le choix courageux de croire en solidarité pour bâtir ce monde, certes pas idéal, dans lequel nous vivons aujourd’hui, mais un monde où la solidarité n’est pas un vain mot.

Revenons donc à la question de la peur, après avoir desamorcé ses principaux arguments, nous pouvons la regarder un peu plus sereinement. Oui l’insécurité existe, oui il y a du terrorisme, oui, il y a du communautarisme qui défie la société telle que nous l’avons construite. Une fois que nous avons reconnu que ces choses existent, mais aussi qu’elles sont marginales, et limitées à certains quartiers, nous devons reconnaitre que la solution à ces problèmes n’est pas de remettre en cause la société tout entière mais plutôt d’amener la logique républicaine dans ces quartiers et dans ces communautés.

En d’autres termes, nous n’avons pas à nous infliger des punitions collectives en cédant aux sirènes de l’extrême droite.

Vaincre nos peurs

Alors si vraiment nous avons peur, nous pouvons agir ! Agir non pour entretenir la peur, mais agir pour créer des liens. Ce sont les liens qui permettent de surmonter la peur. On n’a pas peur de ceux qu’on connaît. Suscitons un brassage dans la société, provoquons des rencontres, engageons le dialogue, on n’a pas peur de ceux avec qui on parle et on communique au quotidien. Rendons visible la solidarité. Témoignons que ce n’est pas un vain mot.

Ne jouons pas le jeu de l’ennemi en stigmatisant les français qui cèdent à la peur, en les prenant pour des imbéciles, ce serait nous rendre complice de ceux qui veulent la fracture sociale, l’explosion de notre société. Nous devons aller à leur rencontre plutôt que les mépriser, créer le lien.

Pour aller plus loin :

P.-S.

Cet article fait partie d’une série sur mon blog destinée à former une réflexion quotidienne qui constituera un dictionnaire pragmatique et inconstant pour mieux vivre l’avenir avec l’expérience de la vie passée.


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