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Hygiène

dimanche 6 mars 2011

Notre conception du propre et du sale est complètement faussée par les égarements d’une civilisation hygiéniste à l’extrême. Ce qui vaut pour le chirurgien sur le point de pratiquer une opération, ou le chef cuisinier qui prépare des plats pour 200 personnes n’a aucune signification au niveau de la vie quotidienne ou de la cellule familiale.

Micro-organismes

Ce qui sous-tend la plupart des règles d’hygiène, c’est la présence de micro-organismes, dont la plupart cohabitent en très grand nombre sur notre peau, dans nos orifices naturels et dans notre système intestinal en parfaite harmonie avec nous. Le principe le plus fondamental, c’est que ces micro-organismes, principalement des bactéries et en plus faibles proportions des champignons ou des levures sont tout à fait à leur place dans certains compartiments et pas dans d’autres. On les dit commensaux quand ils cohabitent avec nous de façon pacifique et pathogènes lorsqu’ils causent des dommages à l’organisme. Or une souche commensale dans le bon compartiment sera pathogène dans un autre si son adaptation à ce nouvel environnement la pousse à aggresser l’hôte, c’est tout. L’hygiène consistera à éviter des gestes qui pourraient leur éviter d’aller là où ils ne sont pas souhaités, et l’erreur la plus grossière serait de chercher à les éradiquer là où ils ont leur place.

Autres idées reçues

On ne se débarrasse jamais à 100% des micro-organismes, si vous voulez vous laver les mains au désinfectant jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de bactéries, vous aurez plus vite les mains en sang à force de frotter que d’atteindre votre but. Chaque traitement va diminuer la quantité de bactéries, certes, mais on part de telles quantités qu’il en reste toujours forcément. Il faut également savoir qu’elles se reproduisent très vite et que la désinfection la plus efficace ne tiendra que quelques heures.

Même si les bactéries dites commensales cohabitent pacifiquement avec nous, notre système de défenses naturelles les reconnait et travaille activement à juguler leur prolifération. ça l’occupe et c’est très bien. Cela lui apprend à les reconnaitre et à les combattre si jamais ils venaient à changer de camp. Ainsi il est généralement reconnu que les porteurs sains de Staphylococque doré (30% de la population) sont mieux protégés contre ce micro-organisme très dangereux dans les pathologies hospitalières que ceux qui n’en portent pas et auront des pathologies plus graves si celui réussit une infection.

Vous êtes vous demandés pourquoi le nombre d’allergies ne cessait d’augmenter ? Les causes en sont nombreuses, et notamment la pollution et la présence dans notre environnement de substances à fort pouvoir allergène, mais de nombreux chercheurs commencent aussi à avancer des arguments sérieux pour étayer l’hypothèse que l’hygiénisme excessif serait une des causes d’allergies. En combattant sans cesse les organismes commensaux, notre système de défense serait d’une certaine façon occupé pour la bonne cause, tandis que s’il n’est pas stimulé, il aurait plus tendance à se déclencher de façon outrancière contre des allergènes qui ne l’auraient peut être pas mobilisé s’il était occupé ailleurs. C’est bien sur plus complexe que cela car le système immunitaire est extraordinairement complexe, mais la preuve en est que ceux qui vivent au contact de la nature ont généralement moins d’allergies que ceux qui vivent dans les environnements les plus aseptisés...

La peau

Notre peau est porteuse de micro-organismes commensaux, et c’est une parfaite absurdité que d’utiliser des antiseptiques ou des solutions alcoolisées pour les en déloger dans la plupart des situations courantes.

Quelles sont les situations qui justifient de désinfecter la peau ? Lors d’une blessure ou d’une opération chirurgicale, les commensaux de la peau peuvent passer dans le sang et y devenir pathogènes, d’où l’intérêt de diminuer leur nombre à cette occasion. Encore une fois, on ne s’en débarrasse jamais, mais si on en diminue le nombre, on fait en sorte qu’ils ne puissent coloniser ailleurs à l’occasion d’un accident.

Lorsqu’on cuisine ou qu’on mange, le même type de précautions s’impose afin de ne pas contaminer les aliments, et ainsi introduire dans le système digestif des micro-organismes qui n’y étaient pas destinés.

Dans toute autre circonstance, désinfecter ne ferait que fragiliser la peau.

La bouche

Notre bouche est un milieu humide où transitent de nombreuses substances nutritives, pas étonnant donc qu’y prolifèrent de nombreux organismes. Eradiquer les bactéries par un usage abusif de lavages de bouches à base d’antiseptiques ne pourrait aboutir qu’à favoriser l’apparition de mycoses qui sont des champignons habituellement tenus en respect par les bactéries commensales.

Il y a tout de même un cas particulier dans la bouche et ce sont les dents. Même s’il est vain d’espérer en éradiquer les bactéries, il faut toutefois veiller par un brossage régulier à ce que la couche de bactéries, installée dans un biofilm appelé plaque dentaire, ne s’épaississe pas trop. Si la couche sur les dents s’épaissit trop, il peut s’y installer des bactéries anaérobies qui profiteront de l’absence d’oxygène dans les couches profondes, et celles ci sont nocives pour les dents.

Le système gastro-intestinal

C’est le plus grand réservoir de bactéries de notre organisme et c’est là qu’elles sont le plus utiles car elles aident à la digestion et elles forment une couche protectrice contre d’autres organismes pathogènes que nous pourrions ingérer. Notre connaissance de leurs différents rôles est extrêmement partielle et il est bien probable qu’une partie du bla-bla commercial sur les probiotiques ne soit que cela, du blabla, du moins pour une personne qui aurait déjà une flore saine.

Il est par ailleurs certain que toutes ces petites communautés extrêmement variées cohabitent et se tiennent en respect mutuellement. Un changement de régime alimentaire va profondément modifier l’équilibre, parce que toutes ne prolifèrent pas à partir des mêmes nutriments, mais cela vous l’aviez déjà remarqué, non ? En ce sens aussi, un régime alimentaire sain et varié contribue à maintenir un équilibre propice à notre santé.

Dernier point, essentiel, tout ce petit monde essaie de s’accrocher comme il peut mais une proportion finit toujours par être emportée par le transit, qui contient donc d’énormes quantités de micro-organismes, et à la sortie, il vaut mieux que des gestes maladroits et pour le coup un manque d’hygiène ne les conduisent pas aux portes du système urinaire, où ils ne seraient plus commensaux, mais pathogènes...

Et les antibiotiques ?

Les antibiotiques sont certes une solution miracle qui sauve des vies lors des infections bactériennes, mais ils en sauvent de moins en moins car les bactéries apprennent à leur résister... et où apprennent elles le mieux à leur résister ? Mais pardi, nos petites bactéries commensales qui survivent à des traitement antibiotiques, comment font elles ? Disons qu’on a tout simplement sélectionné dans notre population hôte celles qui étaient plus aptes à survivre en présence d’antibiotiques. Bref, en cumulant les traitements antibiotiques, on sélectionne dans notre propre corps les bactéries qui causeront un jour une infection résistante aux antibiotiques... [1]

Conclusion

L’hygiène peut être mal pratiquée si elle est mal comprise, et l’enseignement de la microbiologie pourrait apaiser bien des craintes injustifiées, et peut être même nous permettre d’avoir une meilleure santé. Rien n’est plus ridicule que ces publicités qui nous proposent de nous laver les mains avec un savon antiseptique à tout moment de la journée. Halte à la psychose !!

P.-S.

Cet article fait partie d’une série sur mon blog destinée à former en 2011 une réflexion quotidienne qui constituera un dictionnaire pragmatique et inconstant du mieux vivre entre humains.


Statistiques

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Notes

[1] L’environnement joue aussi un rôle, les individus qui habitent à côté d’élevages suremployant les antibiotiques seront plus exposés lors d’une hospitalisation à des risques d’infections multi résistantes...