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Noël vu par Isaïe (chapitre 53)

Le message de Noel n’est pas celui que l’on croit.

jeudi 24 décembre 2015

Le chapitre 53 du livre d’Isaïe est considéré par les exégètes pour une annonciation de la venue du Christ, et de la rédemption qu’il va porter. Il est à ce titre souvent associé au temps de Noël puisqu’il annonce un envoyé de Dieu qui n’a « ni apparence, ni éclat pour que nous le regardions », bref tout à fait adapté à un petit enfant dans la crèche. Mais pas seulement...

Signes de Dieu ?

Nous pouvons imaginer en ces temps de crise d’autres signes de dieu, d’autres envoyés sans apparence ni éclat, d’autres messages que nous pourrions recevoir en plein cœur : des réfugiés (verset 3 : méprisé et abandonné des hommes), malades (version 3 : nous le pensions atteint d’un fléau), réfugié climatique ou licencié économique (verset 5 : transpercé à cause de nos transgressions). Nous ne pouvons pas penser ce temps de Noël comme un temps d’abondance, et pourtant nous vivons dans l’abondance. Et là encore, renversement de situation, Isaïe lui prédit sa part de nos richesses (verset 12 : il partagera le butin avec les puissants).

Vivre avec nos richesses ?

Comment réconcilier ce message avec notre richesse, avec notre foie gras, nos chapons, avec nos bûches bien gourmandes ? En nous couvrant de cendres ? Certainement pas ! Qui a dit que nous devions accueillir l’envoyé de Dieu, aussi misérable soit-il, avec des mines d’enterrement et des faces de Carême ? Nous sommes appelés à "entrer dans la joie" comme de bons serviteurs (Matthieu 25, 23), et non pas comme les serviteurs qui s’estiment indignes et font tout pour l’être (Matthieu 25, 25). Mettons cette joie d’être aimés en perspective avec cet accueil de l’étranger envoyé par Dieu.

Qui est l’enfant de la crèche dans la vie ?

Regardons cet enfant allongé dans la crèche, présenté dans les évangiles et voyons-y le frère que nous allons croiser dans la rue, le frère avec qui nous allons partager le pain, le collègue ingrat que nous évitons, le voisin indésirable, la faiblesse honteuse que nous portons comme un fardeau. Accueillons. Soyons présents à toutes ces pauvretés [1] comme nous tiendrions la main à un mourant, une simple présence.

Ce qu’il faut à tout prix éviter : courir du superflu au superflu, s’enivrer sans être présent, faire la fête pour la fête. Que chaque instant soit un moment d’accueil de celui qu’il nous est donné de rencontrer, du proche dont nous sommes lointains comme de l’étranger vers qui nous ne baissons pas le regard. Se dire que nous les portons dans les prières, ou envoyer de l’argent n’est pas le propos. C’est être qui est le propos, et même « être avec ». Ces paroles d’Isaïe sur le messie inattendu nous rappellent que l’envoyé de Dieu peut très bien correspondre à tous nos préjugés, peut correspondre à tout ce qui, pour nous, n’est clairement pas bienvenu. Lâchons, lâchons nos certitudes, et soyons dans l’accueil, dans l’attitude de réception, dans l’écoute active, dans l’attention à ce que nous ne remarquons pas lorsque nous sommes égarés, lorsque nous sommes étrangers à nous mêmes.

Réalisation, révélation

Et voilà que nous réalisons que nous sommes aussi ce messie souffrant, cet errant dans sa propre vie (verset 6), sans apparence ni éclat (autre que superficiel), des brebis muettes devant ceux qui la tondent (verset 7). Nous ne sommes rien. Tout ce à quoi nous croyions s’effondre, nous voilà face à la notre propre vanité, à notre intarissable vacuité. Et c’est à ce moment même où nous réalisons que nous ne sommes rien, que nous franchissons le seuil de l’éternité, l’ineffable présent de la divinité.

Pour aller plus loin

Ce texte fait partie d’une nouvelle série que j’intitulerais "méditations bibliques pour les agnostiques". Tous les textes de cette série sont des médiations autour de textes bibliques, mais sans dogme, et sans même nécessiter de croire en Dieu, juste l’envie de faire une expérience spirituelle.

P.-S.

texte d’Isaïe 53 : Qui a cru ce qui nous était annoncé ? L’envoyé de Dieu, pour qui s’est-il dévoilé ? Celui que nous attendions s’est élevé devant lui comme un rejeton, comme une racine qui sort d’une terre assoiffée ; il n’avait ni apparence, ni éclat pour que nous le remarquions, et son aspect n’avait rien pour nous plaire. Méprisé et abandonné des hommes, homme de douleur et habitué à la souffrance, semblable à celui devant qui on se détourne, il était méprisé, nous ne l’avons pas estimé. Nous le pensions atteint d’un fléau, frappé par Dieu et affligé, alors que ce sont nos souffrances qu’il a portées, c’est de nos douleurs qu’il s’était chargé ;. Or il était transpercé à cause de nos transgressions, écrasé à cause de nos fautes ; la correction qui nous rend quittes est tombée sur lui, et c’est par ses meurtrissures que nous avons été guéris. Nous étions tous errants comme du bétail sans berger, chacun suivait sa propre voie ; et Dieu a fait venir sur lui notre faute à tous. Maltraité, affligé, il n’a pas protesté ; semblable au mouton qu’on mène à l’abattoir, à une brebis muette devant ceux qui la tondent, il n’a pas ouvert la bouche. Il a été saisi par la violence et le jugement ; dans sa génération, qui s’est soucié de ce qu’il était devenu un pariah, à cause de nos propres abus, de nos transgressions qui l’avaient atteint ? On a mis sa tombe parmi celles des impies, son sépulcre avec celui du profiteur, bien qu’il n’ait pas commis de violence et qu’il n’y ait pas eu de tromperie dans sa bouche. Dieu a voulu l’écraser par la souffrance ; comme un sacrifice de réparation, et il aura une descendance, il prolongera sa vie, et la volonté de Dieu se réalisera par lui. A cause de ses tourments, il verra la vérité, il sera rassasié par sa connaissance ; mon serviteur, le juste, apportera la justice à la multitude en se chargeant de leurs fautes. C’est pourquoi je lui donnerai une part avec la multitude ; il partagera le butin avec les puissants, parce qu’il s’est livré lui-même à la mort et qu’il a été compté parmi les transgresseurs— alors qu’il a porté le péché d’une multitude et qu’il est intervenu pour les transgresseurs.

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Notes

[1] accepter sa faiblesses, sa pauvreté de coeur est au centre la démarche spirituelle