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Spiritualité laïque...

Même si notre relation au monde matériel est le socle de notre vie, et au centre de nos activités quotidiennes, nous aspirons à dépasser la simple expérience du quotidien pour lui donner un sens qui aille au delà

mardi 18 août 2015

L’homme ne vit pas que de pain, peut être l’avez vous aussi constaté ? Même si notre relation au monde matériel est le socle de notre vie, et au centre de nos activités quotidiennes, nous aspirons à dépasser la simple expérience du quotidien pour lui donner un sens qui aille au delà de la simple succession d’événements, de rencontres, d’obstacles, de joies, de frustrations que nous traversons au jour le jour.

Non au monopole des religions sur la vie spirituelle.

Nous appellerons spiritualité cette expérience de dépassement du quotidien, pour lui donner un sens, et cette tentative d’approfondissement de notre vécu pour lui donner de la densité, une portée qui va au delà simple sens de nos actes, et qui nous permet de nous considérer comme un peu plus que des machines extrêmement sophistiquées. Cette vie spirituelle qui est un complément indispensable de notre existence matérielle peut se dérouler selon deux modalités : interne ou externe.

Si l’on cherche une spiritualité purement externe, on peut se tourner vers une religion avec des préceptes, des règles qui définissent ce qu’est le bien, et peut être un objectif final qui serait une sorte de communion ultime avec l’être spirituel le plus extérieur qui puisse être, Dieu. Rapidement, cette dimension externe de la spiritualité atteint ses limites : sommes nous de simples fidèles qui suivent les règles absconses avec la foi du charbonnier ou avons nous une implication personnelle, une recherche de perfection, qui dans ce cadre précis, nous pousse à aller de l’avant ?

A l’extrême inverse, il est possible de commencer un chemin spirituel purement intérieur, sans tenir compte d’aucune religion, d’aucune règle, d’aucune sagesse. L’exercice atteint vite ses limites, sauf à faire l’expérience de sa propre vacuité. La vraie sagesse consiste sans doute à rejoindre une tradition spirituelle éprouvée, ou à piocher de ci de là quelques bonnes idées. Je ne suis pas le premier être spirituel à faire une expérience de dépassement, d’autres l’ont fait avant moi, et il est possible de considérer que par une sorte de sélection naturelle les meilleurs chemins se soient trouvés pratiqués plus régulièrement, commentés abondamment, et nous soient parvenus avec une tradition plus riche.

Spiritualité

L’exemple du christianisme

Mes premières expériences spirituelles ont été accompagnées par le christianisme. C’est sans aucun doute un courant spirituel fructueux, qui a profondément et positivement influé sur notre civilisation, malgré un postulat de base difficile à avaler : un homme-dieu dont le message est validé par une mort et une résurrection attestée par un groupe de témoins. Le christianisme a ses points forts, notamment le fait que ceux qui suivent son précepte central (« aimez vous les uns les autres ») peuvent devenir véritablement des phares et répandre du bien autour d’eux. Il a aussi son point faible, un fondateur qui n’a pas laissé de règles précises et laissé ses disciples à leur propre jugement, éclairé par le concept central. L’histoire s’est chargée de suppléer à ce manque de règles et l’avatar le plus connu du christianisme en Europe de l’Ouest, c-a-d le catholicisme a encombré la doctrine de règles qui en rendent la pratique sinon impossible du moins lourde à l’extrême, et à mon sens infiniment éloigné du précepte de départ. Certains leaders du mouvement, comme le pape actuel, semblent capables de rester connectés au message d’amour, mais le moins qu’on puisse dire est qu’ils rencontrent une farouche opposition.

Ce qu’il faut considérer avec la plus grande prudence : la culpabilisation excessive de la doctrine, l’insistance sur l’obéissance absolue voire aveugle face aux dogmes, les multiples sous cultes qui éloignent de l’essentiel.

Ce que j’en retiens : l’homme est capable du meilleur. Lorsque l’on vit selon le précepte « aimez vous les uns les autres », il est possible de tirer du très bon vin à partir d’outres qui pourraient sembler désespérément vides. La foi peut déplacer des montagnes, quelle que soit cette foi, je l’ai déjà dit, et dans le cas précis du Christianisme, la foi peut aller droit au coeur pour le meilleur. Mais il ne faut pas être naïf : le concept « aimez vous les uns les autres » ne fonctionne pas au delà du rayon d’action de votre propre capacité à convaincre, et plus il tend à l’universel, plus il tend à s’encombrer de règles qui le vident de sa substance.

Il reste le pari de Pascal : en somme, c’est une belle doctrine et une belle façon de vivre. Quand bien même, j’aurais cru en du vent, cela m’aura mené sur un beau chemin. A condition de savoir dire stop au moment où vos coreligionnaires vous entraineront sur les voies mortifères de la culpabilité, du déni de soi, de l’obéissance aveugle et du mariage indissoluble qui vous condamne à rester chaste pour le restant de vos jours.

Non décidément, je prends le parti de garder le meilleur mais de dorénavant prendre une saine distance vis à vis du christianisme institution.

Les gardiens du temple

Quelle que soit la religion (Christianisme, Islam, Judaïsme), le problème réside dans les gardiens du temple, ceux qui veulent défendre à tout prix l’idée du sacré, au mépris des réalités humaines. Qu’ils soient des bandits de grand chemins autoproclamés serviteurs de Dieu, comme dans l’Islam radical, des notables assis sur une tradition millénaire comme dans le christianisme, le judaïsme ou l’Islam-institution, ou tout simplement des gourous de la dernière secte à la mode, les croyants en position de responsabilité se croient un devoir sacré d’imposer leur vérité aux autres. C’est une question de survie, une sorte de darwinisme doctrinaire : seule la doctrine la plus forte et la plus à même d’étouffer la contestation et la dissension peut traverser les siècles. Et pour consolider la doctrine, et la défendre face aux hérésies, on l’étaye, on la consolide, on la rend indigeste, voire invivable.

La vraie et même l’unique richesse spirituelle de ces religions repose sur ceux qui ont su incarner dans leur vie leur amour du sacré en une force transformante et une source de vie. Ils sont tout de même nombreux, il est possible d’en rencontrer ici et maintenant, mais ça nécessite un tri considérable et je dirais une expérience et un recul considérable.

Quelques critères pour faire le tri : votre maître spirituel est prompt à exclure des catégories d’individus (par ex. les homosexuels, ou les croyants d’une autre religion) considérant qu’ils représentent le mal ? Il n’est peut être pas si spirituel qu’il le prétend... votre maître spirituel en puissance est entouré de zélateurs intolérants ? Prenez garde de ne pas vous enfermer dans une communauté d’imbéciles dangereux...

Quoiqu’il en soit, le point fort des religions établies, c’est leur communauté de croyants qui peut vous aider à vous sentir moins seul, vous permettre de partager des questions spirituelles, vous aider à approfondir. Mais c’est aussi leur point faible car quelques individus peuvent rendre une communauté bien néfaste.

Retour à une spiritualité laïque

Il vaut mieux donc se nourrir de ce qui est bon, et vivre sa vie spirituelle avec des personnes de confiance, famille, amis, aussi loin que possible des censeurs et des gardiens du temple.

Quelles sont les recettes d’une bonne spiritualité ?

  • L’humanisme : tout ce qui fait grandir l’humain ne peut que vous aider vous et vous proches à vivre en meilleure intelligence, et à progresser.
  • Une liberté intérieure : méfiez vous des chemins spirituels qui prétendent nier la réalité matérielle. Certains y trouvent leur compte mais au détriment de leur santé, et de leur équilibre. Une bonne dose de détachement est nécessaire pour prendre du recul par rapport au vécu, mais pas au point de nier la réalité. La mesure de la liberté intérieure est un élément clé : si je me sens coupable, déprimé, vindicatif, aigri, c’est que le chemin que j’ai pris ne me libère pas, mais m’enferme...
  • Des pratiques de méditation qui vous permettent de mettre votre esprit en repos, et de prendre du recul par rapport à votre vécu. Les bienfaits de la méditation sont nombreux, il est possible de pratiquer la méditation de façon laïque grâce à d’excellents livres (je conseille les ouvrages de Christophe André).
  • Avoir la foi. Il est essentiel pour une pleine vie spirituelle d’avoir la foi, que ce soit la foi en l’homme, la foi en son destin, la foi en son travail ou la foi en la science, c’est la foi qui donne la force de se surmonter, de convaincre les autres. La foi est un pilier essentiel.
  • Ouvrir notre regard sur ce qui est invisible : que ce soit l’amour, que ce soit l’espérance, que ce soit une fleur qui s’ouvre, il y a une infinité de belles réalités qui ne se révèlent qu’à celui qui prend le temps de les contempler...

Je souhaite à chacun de prendre ce chemin, qui n’est pas toujours possible mais qui est un chemin de liberté.

Pour aller plus loin :

P.-S.

Cet article fait partie d’une série sur mon blog destinée à former une réflexion quotidienne qui constituera un dictionnaire pragmatique et inconstant du mieux vivre entre humains. Vous souhaitez les retrouver retravaillés sous forme de livre, il vient de paraître, rendez vous sur le site de l’éditeur.

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