Renard Web

Le Mal (deuxième partie) : cesser d’être complice

autres interrogations sur le mal

samedi 15 août 2015

Depuis la rédaction de mon premier article sur le mal, ma réflexion a beaucoup piétiné, parfois progressé, et elle a été confrontée à la réflexion d’Annah Arendt, notamment à travers un film « Hannah Arendt (2013) » qui relate l’itinéraire de cette intellectuelle juive réfugiée aux USA lors du procès d’Eichmann. Le mal en soi n’est pas un sujet d’étude intéressant, si ce n’est pour découvrir les moyens de l’affronter et de le vaincre. Cet article s’intéresse donc plus particulièrement aux conséquences de la confrontation au mal.

Banaliser ou diaboliser le mal ?

Les grandes religions, mais aussi certaines grandes puissances (Cf Georges Bush et son axe du mal) ont tendance à diaboliser le mal, à en faire une cause à combattre. Pour nous occidentaux du début du 21ème siècle, l’incarnation du mal est l’islamisme qui conduit à des guerres, des attentats, des décapitations d’innocents. Pour certains de ceux qui sont sur l’autre rive de la méditerranée, ce serait plutôt nous qui serions le mal sous une forme plus banale : asservissement de la planète, épuisement des ressources, corruption des gouvernements, loi du plus fort dans le commerce mondial, imposition de nos idées. Et pour certains d’entre eux, l’islamisme est une juste révolte contre cet ordre mondial profondément injuste que nous défendons.

Personne n’a raison, et même tout le monde a tort, profondément tort. Le mal est extrêmement banal, il commence lorsque je mets mon intérêt au centre et que mes actes à petite, moyenne ou grande échelle nuisent à l’ensemble de la communauté.

Lorsque ma activité met en péril ou contribue à mon humble échelle à mettre en péril la vie d’autres personnes, je me trouve complice, un banal complice de ce qui devient un mal à très grande échelle :

  • lorsque j’achète un tee-shirt à bas prix obtenu dans des conditions de productions esclavagistes.
  • lorsque je gaspille l’énergie et en dépense plus, à mon échelle, que la planète ne peut en produire.
  • lorsque je contribue à dégrader mon environnement en me disant que quelqu’un passera derrière pour ramasser.
  • lorsque j’obtiens quelque chose qui n’est pas équitable.
  • lorsque je décourage les bonnes volontés
  • lorsque je refuse de contribuer pour ma part à la vie de la communauté

Oui, le mal commence vraiment à mon niveau, et si un gouvernement est renversé au Nigéria, ou en Irak, si des terroristes sont financés par des états pétroliers richissimes, c’est aussi parce que ma dépendance au pétrole et à ses produits dérivés les a financés. Si la pollution atteint un niveau tel que des écosystèmes entiers sont détruits, c’est aussi à cause de moi, de façon très banale. Si des entreprises locales ferment leurs portes, c’est aussi parce que j’ai choisi de payer moins cher ailleurs dans le monde, quitte à finalement payer plus cher, indirectement à cause du chômage ou des effets néfastes sur notre économie...

Cesser d’être complice

Au plus fort de la crise économique en Argentine, alors que la monnaie du pays était dévaluée à l’extrême, les entreprises n’avaient le droit d’importer des denrées que si elles démontraient qu’elles exportaient de manière équivalente. Est ce que ça ne serait pas une règle que je pourrais m’imposer à moi même, en l’adaptant ? Même sans rentrer dans une logique purement comptable, je suis sur qu’il est possible d’appliquer ces principes à une échelle qualitative...

  • Je produits des déchets/ J’entretiens la nature
  • J’achète des biens importés/ je fais appel aux producteurs locaux
  • Je gaspille/ je recycle
  • Je fais du mal / je pardonne
  • Je consomme/ je produis, j’achète bio, je régule ma consommation
  • Je fâche / je réconcilie

Pardonner/ se pardonner

Au delà de la banalité des causes profondes du mal, celui ci peut se manifester de façon pas du tout banale et même se révéler profondément destructeur dans nos vies : voir les exemples cités dans le premier article

Il est très important d’entamer des démarches curatives par rapport aux conséquences du mal : reconstruire, réconcilier, pardonner, renouer des liens. Si l’on se met à la tâche, on constate bien souvent qu’à notre échelle les bienfaits peuvent largement dépasser les conséquences dramatiques, et au moins les atténuer grandement.

Pour aller plus loin :

P.-S.

Cet article fait partie d’une série sur mon blog destinée à former une réflexion quotidienne qui constituera un dictionnaire pragmatique et inconstant pour mieux vivre en tirant profit de l’expérience. Vous souhaitez les retrouver retravaillés sous forme de livre, il vient de paraître, rendez vous sur le site de l’éditeur.


Statistiques

  • Visites : 92
  • Popularité : 74 %