L'empire romain est par définition religieux. Au temps du paganisme,
l'empereur était objet de
culte et les chrétiens qui ne reconnaissaient pas ce culte étaient
persécutés. Les apologistes
chrétiens vont tenter de changer cette mentalité en mettant
en évidence que ce n'est pas le souverain ou l'État qui est sacré
en soi, mais qu'il tient son pouvoir de Dieu. Quand l'empereur Constantin
se convertit (313), c'est l'empire qui va devenir chrétien (officiellement
en 380, sous Théodose), et l'empereur Constantin se dit déjà
l'égal des apôtres et l'évêque universel
de l'extérieur; c'est lui qui résout les querelles théologiques
avec un concile d'évêques (Rome 313, Arles 314, Nicée
325). Constantin est plus célébré que le pape Sylvestre
(314-335). Mais lorsque Constantin quitte Rome pour Byzance (qui s'appellera
Constantinople), il apparaît l'idée d'une Rome éternelle
indépendante de la Rome impériale. Le spirituel va peu à
peu se démarquer du temporel. A Constantinople, de par la présence
de l'empereur, le christianisme byzantin tendra à confondre les deux
pouvoirs. On assiste au même phénomène avec le christianisme
arien qui gagne les barbares (comme les
wisigoths) : le spirituel et le temporel sont aux mains du prince/roi/chef
de guerre.
Au concile de Sardaigne (343), il est décidé que tout évêque
déposé dans sa province (par un synode local) peut en appeler
à l'évêque de Rome, ce qui est un premier jalon vers
une primauté du pape dans les affaires de l'Église. Le pape
Damase Ier (366-384) est le premier à
parler de siège apostolique et c'est lui qui poussera l'empereur
Théodose à promulguer l'édit de 380 qui fait du christianisme
la seule religion officielle de l'empire. Siricius (384-399) et Innocent
Ier (402-417) vont poser un début d'autorité théologique
en écrivant des décrétales, lettres réponses
aux questions posées par les évêques. Avec la dissolution
progressive de l'empire romain dans le chaos, l'Église apparaît
de plus en plus comme la seule structure encore organisée de l'empire
et l'on voit des évêques (comme St Germain) négocier
avec les barbares pour sauver leur province; Léon
Ier le Grand (440-461) négocie la paix avec les Huns puis les Vandales
pour sauver Rome. Il espère substituer la paix chrétienne
à la paix romaine. C'est une idée émergente que le
christianisme sera peut-être la seule survie de l'empire face aux
déferlements barbares (lire le Clovis de Michel
Rouche). Il est reconnu que l'évêque de Rome possède
seul les pleins pouvoirs avec le soutien de l'empereur. Gélase
Ier (492-496) inaugurera une théologie du pouvoir papal en reconnaissant
deux autorités : celle spirituelle des évêques , et
celle temporelle des princes qui lui est subordonnée.
Alors qu'aux VIIe et VIIIe siècle, l'empereur contrôle l'élection du pape et peut le déposer, un tournant s'amorce lorsque Pépin le Bref est légitimé par le pape (754) alors que son assise politique était fragile. En remerciement, il libère Rome des Lombards et donne les territoires conquis au pape, donation qu'on valide par un acte de donation apocryphe (et antidaté!) de l'empereur Constantin. En 800, sous Charlemagne, le pape acquiert le droit de sacrer les empereurs mais l'empereur une fois sacré peut diriger l'Église. Charlemagne s'appuiera intensément sur le christianisme pour pacifier et unifier son empire, notamment par l'installation de monastères. On verra Charlemagne user de son influence sur le pape pour imposer l'usage du filioque dans le credo. Un sommet d'autorité papale sera atteint sous Nicolas Ier (858-867) où l'Église peut contrôler l'état et le pouvoir séculier ne peut intervenir dans les affaires de l'Église. Mais les Xe et XIe siècles verront un affaiblissement de cette autorité suite aux intrigues de papes romains "peu catholiques" où papes et antipapes se succéderont.
L'Église est quelque peu devenue esclave du système féodal. Les responsables d'église (évêques, abbés, abbesses) sont impliqués dans le système féodal et perdent leur indépendance. Ils sont l'enjeu d'une lutte de suzeraineté entre Rome et les princes locaux. Ils sont complices des travers du système féodal dont ils deviennent des princes. L'Église devient prisonnière de ses richesses et les ordres mendiants du XIIème siècle seront une réponse à ce problème. Il faudra attendre le concile de Trente pour sortir véritablement de cette mentalité féodale.
(à développer, un peu succinct et caricatural)
La situation papale est redressée par Léon IX (1049-1054).
Et en 1059, le synode du Latran décide que l'élection du pape
est faite par un ensemble de cardinaux (qui s'appellera conclave au XIIIe
siècle). Grégoire VII (1073-1085) poursuit en essayant de
libérer l'Église du pouvoir séculier car les rois nommaient
les évêques et les abbés sous prétexte qu'ils
étaient Seigneurs féodaux. Il propose pour cela de restaurer
l'autorité papale (didactus papae). Il affirme que l'évêque
de Rome peut déposer et transférer les évêques
et même déposer l'empereur. L'empereur Henri IV (1056-1106)
riposte par un synode qui dépose le pape. Il est excommunié.
La situation devient tendue et le pape se réfugie à Canossa
où l'empereur viendra finalement en pénitent demander qu'on
l'absolve. L'autorité
politique de Grégoire VIII en reste affaiblie. Les croisades
(1096-1291) vont considérablement accroître le prestige et
l'autorité du pape, capable de lever une armée dans toute
la chrétienté et vont surtout focaliser les luttes vers l'Orient.
Une nouvelle querelle opposera l'empereur Frédéric Barberousse
(1152-1190) au pape Alexandre III (1159-1181) qui se terminera par la paix
de Venise (1177) et la reconnaissance de la suprématie pontificale.
Innocent III (1198-1216) et Grégoire IX (1227-1241)
auront une autorité incontestée (guerre contre les Cathares,
accueil des ordres mendiants, création
d'universités indépendantes du pouvoir royal, 4ème
croisade et 4è concile du Latran, création de l'inquisition) et n'hésiteront pas à faire
appel au pouvoir temporel pour préserver le spirituel . Innocent
se fait appeler le vicaire du Christ. Cette autorité est déjà
déclinante lorsque Boniface VIII (1294-1303) écrit dans la
bulle Unam Sanctam que "toute créature
humaine est soumise au pontife romain" et fait ciseler une troisième
couronne à sa tiare, symbolisant son pouvoir temporel. Mais sa prétention
de commander aux rois et aux princes va le mener à sa perte à
l'issue d'un conflit avec Philippe le Bel.
Boniface VIII, brouillé avec Philippe le Bel, se réfugie à Anagni. Son envoyé, le juriste Nogaret, l'accuse d'hérésie et de simonie (commerce des biens de l'Église) et va même jusqu'à essayer de l'enlever. Boniface, ulcéré, va mourir quelques jours après. La cour de France obtiendra de son successeur Clément V l'ouverture d'un procès d'hérésie qui n'aboutira pas. Lequel pape Clément V aura si peur de déplaire à Philippe le Bel qu'il s'installe en Avignon (il est vrai que Rome était périlleuse). On voit bien à quel point les souverains se sont dotés de structures laïques et juridiques qui leur permettent de s'affranchir de l'autorité de l'église, préfiguration des états modernes.
Clément V se pliera à la condamnation injuste de l'ordre
du Temple, quitte à réduire
les évêques au silence (2000 templiers furent emprisonnés
et torturés, des centaines brûlés). Sous la pression
des chrétiens, et notamment de Sainte Catherine
de Sienne, le pape (Grégoire XI) revient à Rome en 1377.
Mais l'élection controversée de son successeur aboutit à
la désignation d'un deuxième pape qui revint à Avignon.
Pour sortir de l'impasse on fait appel à une théorie de Marsile
de Padoue (vers 1320, dans le défenseur de la paix), selon
laquelle c'est le peuple réuni en concile qui doit décider
(d'où l'idée du conciliarisme). On élit donc
un troisième pape. C'est ce que l'on a appelé le Grand
Schisme (1378-1417 : on ne sait plus à quel pape se vouer). Un
autre concile se réunit avec les
cardinaux, les évêques, les princes, des laïcs et des
prêtres pour déposer ces trois papes et élire Martin
V (1417-1431). Les princes utiliseront la menace du concile pour faire plier
la papauté. Les papes qui suivirent se consacrèrent à
l'humanisme et à la renaissance, devenant des mécènes
des arts.
La confusion des pouvoirs grandit en France : lors de la pragmatique sanction de Bourges (1438), le Roi Charles VII et le clergé français refusent au pape d'intervenir dans la vie de l'Église de France et au concordat de Bologne (1516), toutes les nominations d'évêques et d'abbés sont remises dans les mains du roi (puis après la révolution dans les mains du chef d'état jusqu'en 1904). Une telle confusion est commune aux autres pays d'Europe.
Le malaise du christianisme n'allait pas tarder à se cristalliser en 1517 lorsque Luther énonce ses thèses. Les princes allemands le soutiennent contre le pape. La réforme se répand en Europe. Rome est mise à sac en 1527 par l'armée impériale. La contre-réforme va redonner une assise au catholicisme en réexaminant tous les points de doctrine au concile de Trente sauf la primauté du pape (sujet trop brûlant). Les structures de l'église furent remaniées par les papes suivants : de la liturgie (messe de saint Pie V), la formation du clergé, à l'instauration de nouveaux nonces du pape, en passant par la restructuration de la Curie. Les guerres de religion (dont l'horreur trouble les esprits) et l'attitude réservée de l'Église catholique vis à vis des idées modernes (condamnation de Galilée en 1616 et 1633) vont conduire à une rupture certaine entre la modernité et le catholicisme. Le pape n'était plus le chef spirituel de l'occident mais de l'Église catholique romaine, et l'Église perd toute assise politique. On assiste à la crise du gallicanisme : Louis XIV veut se donner une Eglise indépendante de Rome, mais il n'obtiendra pas gain de cause.
En Angleterre, le roi Henri VIII avait eu plus de succès, il avait rompu avec Rome et créé une Eglise anglicane sous sa coupe qui sera bientôt inspirée par les idées de la réforme, en particulier calvinistes.
La philosophie des lumières se traduit souvent par une volonté de juger de toutes choses par la lumière de la raison qui s'oppose rapidement aux "obscurités" de la révélation chrétienne. Il y a là un important enjeu qui décidera du divorce entre la société intellectuelle et la pensée chrétienne. Benoît XIV (1740-1750) tenta de réconcilier l'Église avec les idées émergentes par la création de chaires de mathématiques, de chimie, de chirurgie et sera reconnu par les Encyclopédistes. Il condamnera par contre l'Esprit des Lois de Montesquieu et la franc-maçonnerie. Pie VII souscrira à l'encyclopédie. Clément XIII mettra l'encyclopédie à l'index poussé par le clergé français qui pense qu'elle contient des germes anti-chrétiens (ce qui était plus que des germes pour les articles d'Holbach). Les philosophes des lumières ne seront pas foncièrement athées mais plutôt déistes : une religion naturelle conforme à la raison et qui exclut toute révélation (le "grand horloger" de Voltaire) .
Les États catholiques (Portugal, France, Espagne, Naples) imposent le choix des papes et imposeront également la dissolution de la Compagnie de Jésus (jésuites), fidèle alliée du pape, en 1773. Cette période sera donc marquée par des papes sans relief (à l'exception de Benoît XIV) élus après des conclaves interminables marqués d'intrigues des puissants états catholiques.
Pour résoudre la crise financière que traverse le royaume, le gouvernement royal de France convoque les Etats Généraux, enclenchant par là même une vaste remise en question que la philosophie des lumières avait préparée. Dans les cahiers de doléances remis par les trois ordres (noblesse, clergé, tiers-état), on ne souligne rien contre la religion et le clergé s'unit même au tiers état lorsqu'il forme l'assemblée nationale constituante, point de départ de la révolution. Le 4 août 1789, clergé et noblesse renoncent à leurs privilèges et le 26 août, tous votent la déclaration des droits de l'Homme et du citoyen. Le 2 novembre, l'évêque d'Autun, Talleyrand propose que les biens du clergé soient mis à la disposition de la nation (pour éponger la crise financière) : cette spoliation est le début du divorce entre la révolution et l'Église catholique. Ce fut aussi l'origine d'un saccage en règle de nombreuses richesses artistiques de l'Église (vitraux brisés, statues détruites, pierres des églises vendues). En février 1790, la Constituante interdit les voeux religieux.
La constitution civile du clergé est un texte promulgué le 12 juillet 1790 pour réorganiser l'Église de France après sa "nationalisation" par le gouvernement révolutionnaire, elle n'est pas vraiment d'esprit anticlérical mais veut régir la vie de l'Église dans un esprit mêlé de celui des lumières et de gallicanisme :
Cette loi a évidemment été adoptée sans l'avis de Rome en rupture avec le concordat de 1516. L'Église se divise entre jureurs (approuvant la révolution) et réfractaires (refusant cette allégeance) Seuls 7 évêques sur 160 sont jureurs (dont Talleyrand) mais le clergé paroissial est divisé en deux, la proportion variant selon les régions (le gallicanisme et le jansénisme étant des facteurs "anti-Rome" motivant à jurer, certains prêtres jurant aussi pour rester avec leurs paroissiens).
Le clivage entre France réfractaire et France constitutionnelle demeure encore aujourd'hui : la France réfractaire restant largement la plus pratiquante aujourd'hui.
Le remplacement des prêtres réfractaires commence fin 1790 avec un recrutement douteux. L'Église réfractaire est tolérée jusqu'en 1792 où ils sont considérés comme des ennemis de l'État. Beaucoup seront expulsés de France mais il y aura aussi de nombreux martyrs parmi les prêtres réfractaires et le clergé régulier (les religieux). En septembre 1792, on massacre des ecclésiastiques, l'état civil est enlevé au clergé pour être confié aux mairies, le divorce est autorisé : on n'a quasiment plus besoin de recourir à l'Église pour la vie civile.
Le pape Pie VI condamne les principes de la révolution française en mars 1791, refusant la possibilité d'une liberté considérée indépendamment du Dieu créateur. Les droits de l'Homme sont également condamnés mais en tant qu'ils accordent à l'homme des droits indépendamment de Dieu. Le pape demande la rétractation de tous ceux qui ont juré : c'est le schisme.
L'exécution du roi le 21 janvier 1793 (de droit divin pour les chrétiens) est une nouvelle provocation qui engendrera des soulèvements de chrétiens (dans l'ouest notamment : 100 000 victimes). La Terreur est marquée de haine du christianisme : destruction d'édifices, mascarades dans les églises, exécution de prêtres, religieuses et pratiquants, campagne pour l'abdication et le mariage des prêtres. La chute de Robespierre en juillet 1794 marque un répit. De 1794 à 1801, le budget du culte est supprimé et la liberté de culte reconnue : une sorte de séparation de l'Église et de l'État. Les deux églises essaient de se réorganiser de leur côté. En 1797, le Directoire, craignant une poussée royaliste se durcit à nouveau contre l'église : exécutions, déportation, essai de religion de remplacement. Le Directoire chasse également le pape de Rome (il meurt prisonnier à Valence en 1799) et instaure une république romaine en 1798.
Il est l'aboutissement des négociations entre Bonaparte et le pape Pie VII (qui a reconnu que la forme démocratique de gouvernement n'est pas incompatible avec l'évangile), dans des termes parfois plus défavorables pour l'église que la constitution civile parce qu'il est accompagné d'articles organiques d'une réglementation tatillonne :
On célèbre donc à Pâques 1802 le rétablissement du culte catholique en France dans une grande liesse nationale. La publication par Chateaubriand du génie du christianisme réhabilite intellectuellement et sentimentalement la religion nationale. On peut rouvrir les séminaires et restaurer les lieux de culte. Pie VII, en venant couronner Bonaparte a un accueil triomphal.
En 1806, c'est la rupture entre Napoléon et Rome, le pape refusant de se plier au blocus contre l'Angleterre. En 1808, Rome est occupée par les troupes françaises et les états pontificaux annexés. Le pape excommunie Napoléon et il est emmené par ce dernier en résidence surveillée jusqu'en 1812. Napoléon obtient l'annulation de son mariage avec Joséphine des autorités de Paris, mais les cardinaux romains refusent d'assister à son mariage (1810) avec Marie-Thérèse d'Autriche. Les désastres militaires obligent Napoléon à renvoyer le pape à Rome où il rentre triomphalement en 1814.
De la révolution, l'Église a perdu tout pouvoir et toute possession temporelle, la voie de la séparation de l'Église et de l'état est tracée tout comme celle de la reconnaissance du divorce. Les malheurs des papes ont ému l'opinion chrétienne qui commence à lui vouer un attachement "excessif" que l'on appellera l'ultramontanisme (outre-monts= Italie). Les catholiques souhaitent une restauration sociale et religieuse (plutôt sous forme d'un retour en arrière) mais certains vont tenter de concilier les principes de 1789 avec l'évangile ce qui sera source de conflits houleux.
Après la chute de Napoléon,
le pape recouvre ses états, le tsar, l'empereur d'Autriche, et le
roi de Prusse signent une Sainte-Alliance (26 sept 1815) s'engageant à
suivre les principes chrétiens et se porter aide et assistance. Une
littérature conservatrice rejette les idéaux révolutionnaires
et lie restauration religieuse et restauration politique :
Cet amalgame va entraîner des attaques contre l'Église de la part des partis révolutionnaires.
l'Église elle même est prise entre deux tentations :
Louis XVIII (règne de 1814 à 1824) n'est pas très pieux mais Charles X (1824-1830) est bigot et influencé par les royalistes conservateurs. Le catholicisme redevient religion d'état, on crée 22 diocèses, le divorce est supprimé, on réorganise les séminaires et le recrutement du clergé. On multiplie les petites paroisses (celle d'Ars aura un rayonnement sans pareil avec Jean-Marie Vianney). C'est aussi le renouveau des congrégations autant anciennes (les jésuites sont reconstitués en 1814) que nouvelles (elles ont fleuri en secret pendant la révolution) notamment au service des pauvres (conférences Saint Vincent de Paul fondées par Frédéric Ozanam, 1813-1853) ou des malades. C'est aussi le grand retour de la dévotion mariale. Enfin des religieux investissent les universités et l'enseignement primaire. La foi est fortement teintée de romantisme.
Mais la bourgeoisie reste anticléricale autant qu'imprégnée des idées révolutionnaires. Ce retour d'affection de l'État pour la religion ne peut pas être durable, vu l'évolution irréversible des mentalités.
l'Église va se trouver confrontée à des souverainetés nationales naissantes et va prendre des positions qui la posent plutôt en adversaire de la liberté :
l'Église va manquer l'initiative pour ce qui est de la séparation Église -État puisque qu'elle va condamner les propositions allant dans ce sens. Lamennais (passé du royalisme ultramontain au libéralisme) fonde le journal l'avenir qui appelle à la liberté de culte, de conscience, de presse, d'association, au suffrage universel, à l'abolition de la peine de mort, et ... qui appelle à la séparation de l'Église et l'État. Il va être condamné par les évêques puis par le pape (encyclique Mirari Vos, 1832).
Par contre, sur le plan des transformations sociales, des catholiques sont au premier rang : fondation d'œuvres pour soulager la misère et travail de réconciliation des classes sociales (Ozanam), dénonciation de l'exploitation ouvrière (Lamennais), premiers catholiques sociaux à la rédaction du journal l'Atelier.
Aussi, lorsque la révolution de février 1848 éclate et se répand en Europe, réclamant la démocratie, dans une fraternisation entre chrétiens et républicains, la réconciliation semble possible. Après les émeutes de juin 48, on retourne à un certain conservatisme, et on élit Louis-Napoléon comme président en France. En Italie, les Romains proclament la république et le pape s'enfuit. C'est l'armée qui reprend Rome et réinstalle le pape en 1849.
La loi Falloux, votée en 1850, ré-accorde à l'Église un droit de regard sur l'enseignement secondaire parce qu'on attend d'elle une influence conservatrice. Quand Louis-Napoléon se proclame empereur, les catholiques voient d'un bon oeil cette alliance possible du sabre et du goupillon...
Est-ce un retour (après la révolution) ou le vrai début de l'anticléricalisme? La fin du XIXème siècle va être marquée par des vagues de violence étatique contre l'église : expulsions de religieux, interdiction d'enseigner, forte virulence dans les discours des intellectuels et des politiques, qui annonce déjà un XXème siècle qui verra la déchristianisation de la société toute entière. La chute de l'empire, en 1870, s'accompagne de violences anticléricales notamment à Paris et à Lyon, si le gouvernement est tout d'abord conservateur (et favorable à un retour de l'ordre moral), le gouvernement républicain de 1879, issu du suffrage universel va bientôt prendre des mesures contre l'Église. Le républicain se reconnaît comme héritier des Lumières et de la révolution, il est souvent positiviste et franc-maçon, il croît que le progrès de la science va balayer la religion. Dès 1880, Jules Ferry fait voter une loi qui restreint l'enseignement supérieur catholique et l'interdit à certaines congrégations : jésuites, dominicains, franciscains, qui sont expulsés. Les lois de 1881-2 visent à établir un enseignement laïc, et quelque peu antichrétien. Il faudra du temps pour remplacer tout le personnel religieux par des laïcs.
Le mouvement est européen ; en Allemagne, il prend le nom de Kulturkampf (combat pour la culture), lancé par le ministre des cultes.
Particulièrement rigoureuses seront les mesures contre les religieux (oubliés du concordat de 1801): "Guerre aux moines!", dit Paul Bert, en 1880
Les républicains voient dans les congrégations religieuses, un état dans l'état, favorable au Vatican, conservateur, influent politiquement, socialement inutiles (à l'exception des religieuses hospitalières qui sont irremplaçables). La code pénal de 1810 interdit les associations de plus de vingt membres domiciliées au lieu de l'association. Nombres de congrégations fondées au XIXè le seront donc sans autorisation. En 1880, Jules Ferry prévoit l'expulsion de l'enseignement de tout membre d'une congrégation non autorisée. Puis la compagnie de Jésus est dissoute et les autres congrégations engagées à demander une autorisation dans un délai de 3 mois.
260 congrégations masculines se dissolvent à l'automne 1880, certaines sous la contrainte. La plupart réintégreront leur monastère dix ans plus tard.
En 1901 la loi bien connue sur les associations oblige les associations religieuses à soumettre une demande d'autorisation. Sur les 600 demandes déposées, aucune ne fut autorisée! C'est l'armée qui évacuera les moines de la Grande Chartreuse et quelques autres monastères. Les biens des congrégations sont liquidés par l'état, à bas prix.
Le pape Léon XIII pousse les catholiques à l'apaisement et intervient personnellement dans l'encyclique Au milieu des sollicitudes (1892) pour que les catholiques acceptent la république et se défendent par les seuls moyens législatifs, afin de donner à la société un contenu porteur de valeurs chrétiennes. Un vent social et politique souffle dans l'Église de France et il se crée une véritable démocratie chrétienne, mais de nombreux catholiques sont tentés par un extrémisme antirépublicain et royaliste (naissance du mouvement monarchiste Action Française en 1898 piloté par Charles Maurras, qui aura son heure de gloire puis sera condamné par le pape en 1914 et 1926). L'affaire Dreyfus voit de nombreux catholiques se rallier aux anti-dreyfusards.
L'anticléricalisme atteignant en réaction un degré énorme, les catholiques se voient rejetés de l'administration, de l'enseignement et de l'armée. Les noms de rues sont changés de saints en héros de la république. Ces affaires entraînent la rupture des relations diplomatiques avec le Vatican (1904). La loi de séparation qui est votée en décembre 1905 est vue par les uns ou les autres, comme un moyen de stopper l'anticléricalisme ou de commencer la déchristianisation du pays. Cette loi reconnaît la liberté de conscience et supprime le budget des cultes. C'est une abolition unilatérale du concordat de 1801, et à ce titre condamnée par le pape Pie X. L'Église doit aussi abandonner des séminaires, des presbytères, des évêchés qui sont donnés aux collectivités. C'est la création du denier du culte pour subvenir aux besoins des prêtres.
Il en résulte une plus grande liberté pour l'Église, contrôlée depuis si longtemps par l'État, mais la déchristianisation du pays ne fait que s'accentuer.
Pie XI (1922-39) négocie avec Mussolini les accords
du Latran où il reconnaît l'état italien et où
l'Italie reconnaît la souveraineté du Saint-siège sur
l'état du Vatican. C'est la fin d'un long conflit entre la papauté
et l'État Italien qui dure depuis que les armées italiennes ont conquis
les états pontificaux en 1870.
Le concile Vatican II aborde la question de la politique en distinguant la compétence de l'Église et celle du monde politique, tout en reconnaissant combien elles ont en commun : "L'Église en raison de son rôle et de sa compétence ne se confond en rien avec la communauté politique et n'est liée à aucun système politique. Elle est à la fois le signe et la sauvegarde de la transcendance de la personne humaine. La communauté politique et l'Église sont réciproquement indépendantes et autonomes dans leurs domaines propres. Toutes deux, quoique à titre divers, sont au service de la vocation personnelle et sociale des hommes."
A la fin du XXème siècle, la laïcité s'est quelque peu décrispée en France mais reste très sensible. L'émergence de signes visibles du religieux ou de la foi provoque toujours des réactions violentes et intolérantes demandant à l'état de sanctionner le fait religieux (du foulard islamique à l'anniversaire du baptême de Clovis où l'on accusa l'état de subventionner l'événement).
Les penseurs de la société essaient toujours de se démarquer de ses sources judéo-chrétiennes. Par contre, la génération née en 1980-90 est trop inculte au niveau religieux pour soutenir ces combats (quelque peu d'arrière garde) contre l'expression religieuse.
voir le texte sur l'occident renie son héritage chrétien.
24 mai 2001