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Le chevalier aux épines

le récit médiéval qui réinvente la fantasy

mardi 14 mars 2023

Quel monument ! Quelle geste ! Quel lai ! Quelle épopée ! Quel palimpseste ! Avec le chevalier aux épines, Jean-Philippe Jaworski renouvèle encore une fois le genre de la fantasy à la française en proposant un texte inédit tant dans sa narration que dans son style.

Déroutant

Déroutant, le narrateur change de style au moment où l’on s’y attend le moins, en créant une sorte de rupture narrative presque frustrante mais en réalité totalement jouissive tellement le lecteur se trouve plongé dans une narration sublime : histoire de chevaliers, amour courtois et jeux de séduction, épopée, brigandage, généalogies tourmentées, expérience mystique voire querelles théologiques totalement absconses mais passionnantes, vieilles légendes magiques, arlésiennes impromptues, manipulations et intrigues de cours, trahisons, esprits malicieux, et même un conte fantastique en vers à la manière médiévale que se racontent les protagonistes. Et ce sentiment curieux que le plus prosaïque des combats de chevaliers est le reflet d’un combat spirituel pour le destin du royaume de Léomance.

La geste des belles lettres

Jean-Philippe Jaworski manie la langue avec une maîtrise et une précision incroyable et la simple description de l’architecture d’un château, que traverse un chat malicieux, devient un exercice jubilatoire de voltige verbale. C’est vrai, il faut parfois rechercher le sens de certains mots dans le dictionnaire, mais n’est-ce pas un plaisir de découvrir ce riche vocabulaire qui fait extraordinairement sens. Et parfois, il est inutile de chercher le mot dans le dictionnaire, c’est un vocabulaire théologique inventé pour l’occasion, que ce soit pour le clergé du Désséché ou de la Vieille Déesse. Le contexte éclaire le mot.

Le suspense narratif

Mais le plus étonnant, c’est que Jean-Philippe Jaworski arrive à maintenir une sorte de suspense avec la simple description d’un sous-bois, d’une rencontre, d’une architecture, ou d’une généalogie. Il y a comme une tension dramatique qui jaillit lorsque la description devient si riche qu’elle en devient presque une scène d’action. Ce sont des moments de bravoure tout au long de l’histoire.

A propos de moments de bravoure, nous en devons quelques uns au chevalier aux épines éponyme, mais également lors de cette joute de chevalerie hors norme, ce combat dément qui se déroule sur plusieurs pages avec un sens hitchcockien du suspense. Nous avons aussi quelques belles évolutions de personnage notamment le jeune Yvorin de Quéant.

Conclusion

Gagner la guerre m’avait scotché, j’ai l’impression d’avoir affaire à un style encore plus riche, plus mûr, enrichi de l’aventure celtique de la chasse royale qui se jouait aussi des styles et des genres avec talent. Je m’étais promis de faire durer le plaisir en lisant lentement, par petites gourmandises avides, et me voilà pris, totalement séduit, enchanté, enivré, en quête du butin à gagner sur la prochaine page, incapable de reposer l’ouvrage ensorcelé. A peine posé, j’ai envie de tout reprendre, de tout relire.

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