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L’hystéricogramme à ondes théta.

une courte nouvelle Steampunk...

dimanche 25 novembre 2012

Le Docteur Marillon était fier de lui : bientôt, il serait l’égal d’un Pasteur, d’un Newton, en démontrant que l’esprit humain était soumis à des règles aussi infaillibles que l’hygiène, ou la gravitation. De simples électrodes posées sur les tempes d’un individu permettraient un jour de comprendre les émotions, et mieux encore de les dominer pour de bon. Mais autour de cette simple intuition, il fallait un esprit génial pour construire la machine qui était là maintenant sous les yeux du Docteur Marillon : l’hystericogramme à ondes théta ! Et voilà que le gratin de la haute société parisienne était réuni pour assister à la première démonstration de son appareil.

L’appareil était capable non seulement d’envoyer de faibles impulsions électriques dans les électrodes posées sur la tempe du patient, mais également de collecter l’écho que ce léger choc électrique renvoyait depuis le cerveau du patient, précisément là où se trouve le siège des émotions. Une fine aiguille gravait alors sur une bobine de plomb, une fine réplique de ce que captaient les électrodes. Et bientôt, le Docteur Marillon pourrait effectuer son premier prélèvement sur un patient aliéné. pour vérifier son hypothèse, il lui suffirait ensuite de reproduire ce qui était enregistré sur la bobine et d’envoyer ces mêmes signaux dans son propre cerveau pour expérimenter de l’intérieur la démence du patient.

Les deux infirmiers entrèrent dans la pièce en poussant une civière sur laquelle gisait un homme sous sédatifs, agité de quelques spasmes fébriles. Le patient était notoirement connu pour ses hallucinations, il avait commencé sa carrière d’aliéné en perturbant plusieurs offices religieux à Notre-Dame de Paris, et en hurlant qu’il voyait des anges voler dans les nefs de la Cathédrale. Ni les électrochocs, ni les différents calmants testés par les médecins n’avaient pu soigner ces hallucinations et le pauvre Henri Montresque continuait de voir des anges voler sous ses yeux. Bientôt le Docteur Marillon pourrait lui aussi voir ces anges devant l’assistance ébahie, sauf qu’il garderait, lui, toute sa raison. Tandis que les infirmiers badigeonnaient de camphre les tempes du patient, le Docteur Marillon présenta sa machine à l’auditoire sur un plateau tournant. Bien sur il ne fallait pas révéler tous ses secrets à l’assistance qui comprenait nombre d’éminents collègues et parfois concurrents, au premier rang desquels Liébault et Bernheim venus de Nancy pour l’occasion. Inutile de leur expliquer que la pierre qui servait de relais entre les deux principales galènes argentifères de part et d’autre de la batterie alimentant l’ensemble venait d’une roche volcanique sous marine également appelée veine atlante chez les connaisseurs de légendes anciennes.

Ce pauvre Henri était maintenant prêt et sa tête fut installée sur le reposoir en cuir au coeur de la machine, il était déjà dans cette sorte d’état de transe catatonique propice aux hallucinations, et l’effet du sédatif commençait à s’estomper. Il commençait à crier « les anges, les anges !! » d’un air extatique en tirant sur les sangles qui le maintenaient sur la civière, tandis que l’hystéricogramme enregistrait méthodiquement les courants parcourant ses lobes temporaux.

Expériences interdites

Ce fut alors au tour du Docteur Marillon de s’installer sur l’appareil, le temps d’inverser la polarité de la bobine principale. Le repose tête de son hystéricogramme avait été réorienté afin que le docteur fut confortablement installé dans un large fauteuil. Un doux frémissement commençait à l’agiter tandis que les électrodes installées sur ses tempes reproduisaient les courants qui avaient agité le pauvre malade quelques instants auparavant. Plus que des picotements, c’étaient de légers courants d’air que ressentait le docteur Marillon à présent que l’hystéricogramme lui retransmettait fidèlement les courants enregistrés précédemment. Il leva la tête et comprit tout de suite ce qui causait ces courants d’air : de puissantes créatures reptiliennes aux ailes membraneuses flottaient devant lui à travers l’Ether. Rien à voir avec les anges que prétendait voir Henri. Et voilà que ces créatures le regardaient attentivement, avec un regard féroce. Elles semblaient se trouver derrière une sorte de voile mais l’une d’elle brandit une sorte de lame qu’il projeta en direction du docteur. Celui ci se mit à hurler et tomba de sa chaise, totalement terrorisé tandis que l’assistance exprimait sa stupéfaction. Le docteur porta la main à son front et il y trouva une grande balafre sanglante.

Et voilà que la Comtesse de Javennelle, une de ses mécènes, fendait la foule pour se précipiter vers le docteur. « Alors, nous direz vous ce que vous avez vu Docteur Marillon ? »

Hystericogramme


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