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La saga de Cassiopa Enora

ô Cassiopa

vendredi 31 août 2007

Série de poèmes en prose, composés dans les années 90, la saga de Cassiopa Enora raconte les rapports d’un poète et de sa muse.

La nièce de Cassiopa Enora

J’ai vu ta nièce, ô Cassiopa. Non, les heurts de la foule n’ont pas brisé son calme. Connais-tu les oiseaux qui planent sur les monts, là-bas, au delà de la source ?
Elle aima l’un d’entre eux. Elle plaça une stèle, ex-voto trop païen. Un monarque passait. Ses pieds étaient d’argent. Je le crie au soleil, aux moutons aux passants : ses pieds étaient d’argent.
Le bonheur innocent des éléments d’azur, je le bannis du pays de la désolation. Qu’il vienne parmi nous, ta nièce a des amis. J’ai conservé, tu sais, ton bouclier d’hiver : un legs pour ta famille car tu es morte veuve. Avoue, tu ris jusqu’au tréfonds d’avoir quitté l’engeance.
Ta nièce est bien jolie, elle part pour l’Italie.

Le dimanche de Cassiopa Enora

Je me dois bien de lui reconnaître cette grâce. Elle a su ne pas perdre ce fil précieux qui guide l’âme. Nulle part, elle n’a feint de vouer son visage aux pierres rudes. Et plus particulièrement en ces obliques jours de méfiance infligée, toujours elle a su conserver la joie du dimanche. Oh, c’était un bocal de fortune, dont le couvercle était un peu percé. Mais la saveur des dimanches ne pouvait pas sauter assez haut pour s’agripper. Fine femme, mon amie Cassiopa a su calculer avec autant de soin qu’un livre ouvert ce qui manque pour le bord final. Depuis qu’elle est partie, il nous reste son bocal. Non, elle n’est pas ingrate, car qui de nous le mériterait ? Toutefois, la magie de Cassiopa l’a quelque peu quitté, et il suinte par bouffées cette amertume que l’on a déjà trop nommée, puissions nous la tarir un peu.

Les poupées de Cassiopa Enora

Je me souviens de toi, ô Cassiopa. Je garde aussi un souvenir très vif de tes poupées de porcelaine. Petites et rondes, hommes ou femmes, avec le même sourire rond, que certaines arborent figé, d’autres (de façon plus mystérieuse encore) inquisiteur.
Oh, chacune, tu me l’as présentée avec les mots qui conviennent, les mots simples et durs qui conviennent aux poupées. Bien alignées sur leur étagère, droites et sages bien sûr, mais surtout dans le bois, dans les griffes d’ébène, un haut meuble breton.
Mais, je m’égare, moi qui voulais, malgré ton interdit parler d’Annabella. Quel nom pour une poupée de porcelaine blanche ! Quelle vie aussi, Annabella qui fus brisée, je te croyais vivante. Oui, aujourd’hui, je pleure encore sur ton nom, Annabella, j’ai creusé sur mon sein, une griffe vivante de tes fragments épars. J’attendais ton sourire quand je venais chez Cassiopa, je guettais ton regard tout en prenant le thé. Ensuite, je crie ton nom dans la nuit froide quand Cassiopa reçoit tous ces longs gens glacés.
Oui, Cassiopa, toi qui m’as tant parlé de tout l’honneur du monde, m’as tu vu pleurer pour une poupée de porcelaine blanche ?
Tu as su vaincre, ô Cassiopa, Tu m’as montré le crochet de froid métal propre à la nuque des poupées. Toi dans un petit trou, tu fis pression pour la briser. Tel était le secret des poupées de porcelaine : leur âme se verrouille par la nuque !
Oui, Cassiopa, tu fus une amie entre toutes, toi tu savais me délivrer.

Les salons de Cassiopa Enora

La nuit est franche ébène. Je pense à tes salons, ô Cassiopa, ce soir les pendus et les morts battent la campagne. Pour tout ce que tu m’as appris de bon, je pétris le pain rond. Que de souvenirs je caresse pour celle qui m’a tout appris. Que de flammes ardentes tu as su cultiver comme des danses. Chaque leçon de toi était l’orgue sacré. Enfin, je pense à tes salons....
Toi qui vécus si pauvre, qui t’a construit tous ces salons ? D’où viennent ces canapés rutilants, ces velours pourpres, la soie de ces doux coussins, et d’autres, et tant de portes que je ne franchis pas, ces rangées de cristaux et ces tapis d’orient ? Moi, si petit, je croyais que ces tapisseries étaient ceux qui ne voulaient plus vivre !
De tous les invités du salon mauve, mon souvenir du maigre vif reste émouvant. Je n’ai jamais voulu te dire que je l’ai vu, menottes aux mains crier la liberté. On l’a effacé de tes salons, il était bon. Oui, malgré tes leçons que puis-je contre ceux des ténèbres.
Plus que tout, j’aime tes conspirations, j’aime les habitants bleus qui construisent les robes de mots. Vous tous, je le clame, vous êtes de trop. Je suis trop faible pour qu’ils songent à m’emmener !
Cassiopa, ce bouquet est pour toi, il fleurira ta tombe. Noire est la rose qui survivra ! Je le sais, mais son germe en mon cœur est peut-être bien mort.


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